lundi 24 septembre 2007

Christian Chaton s'exprime.

Nous reproduisons ci-dessous une interview de Christian Chaton avant la convention identitaire organisée par Alsace d'Abord et le Bloc Identitaire en Bourgogne les 10 & 11 novembre 2007.
Un entretien à l'image du personnage, sans langue de bois et allant droit au but. Une analyse au vitriol de la "droite nationale" qu'il connait bien pour l'avoir fréquenté durant de longues années et surtout Christian Chaton ouvre de nouvelles orientations politiques et définit un cadre pour l'action politique.
Le conseiller général du Val d'Argent se dévoile à la fois radical et combatif mais sur un ton toujours sain et positif. Pas de discours creux, il y a du style dans le fond comme dans la forme.
Pas de doute avec des élus du peuple de cette trempe on peut affirmer sans complexe que L'AVENIR NOUS APPARTIENT !!!



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Christian CHATON, vous avez été élu Conseiller général du Haut-Rhin dans le canton de Sainte-Marie-aux-Mines en mars 2004. Cette élection est l’aboutissement d’un parcours politique que vous avez entamé dès l’adolescence. Pourriez-vous retracer les principales étapes de ce parcours ?

Cette élection n’est pas un aboutissement mais une étape sur un parcours politique, c’est vrai commencé très tôt, et placé depuis plus de 30 ans sous le signe de l’identité.
J’ai commencé à militer en 1977, à l’âge de 14 ans, à Toulon, au Front de la Jeunesse qui était la branche jeune du Parti des Forces Nouvelles. Le PFN était alors en concurrence avec le FN pour s’assurer l’hégémonie sur une extrême droite groupusculaire, et avait l’ambition d’incarner une droite nouvelle, européenne, en phase avec son temps, par opposition avec un FN organisé autour du culte de la personnalité de son chef (déjà !) et dont la ligne politique se résumait au ressassement des combats perdus de la Libération, de l’Indochine et de l’Algérie.
Je me souviens en particulier des Européennes de 1979 où la liste de l’Eurodroite, pour laquelle j’avais cassé ma tirelire de lycéen, avait recueilli 1,3% des suffrages, ce qui m’avait paru à l’époque être un très bon score…C’est l’époque où j’ai fait la connaissance d’un certain Roland Hélie…Quoi ?…Ce nom ne vous dit rien ?…
Par la suite j’ai mis mon militantisme entre parenthèses durant les 18 années qu’a duré ma carrière d’officier dans l’Armée de Terre, avant, en 1998, de me faire placer en service détaché pour exercer le mandat de Conseiller régional d’Alsace élu sur la liste FN.
Ce passage au FN a été de courte durée puisque quelques mois plus tard ce mouvement a explosé en plein vol pour les raisons que nous connaissons tous, et sur lesquelles il est inutile de revenir. Déçu par le mode de fonctionnement interne du FN et par son indécrottable jacobinisme, j’ai alors fait le choix du MNR…Qui lui aussi s’est rapidement avéré être une impasse, tant l’expression d’une sensibilité régionaliste y était difficile.
L’absence de prise en compte de la dimension régionale de notre identité aussi bien au FN qu’au MNR nous a alors conduit, notamment avec Stéphane Bourhis, à nous rapprocher de Robert Spieler et de Jacques Cordonnier, pour réactiver en septembre 2002 le mouvement Alsace d’Abord.

Vous avez pendant de nombreuses années vécu de l’intérieur les évolutions de ce qu’il est convenu d’appeler la « droite nationale », au sens large du terme. Avec le recul qui est le votre depuis l’Alsace, et compte tenu de la déconfiture électorale du FN, comment voyez vous l’avenir du camp national ?

Je n’aime pas cette expression de camp national qui me fait penser à Fort Alamo. Mais finalement je crois qu’elle correspond bien à cette extrême droite française qui se perçoit comme un camp retranché assiégé de toutes parts, entouré d’ennemis ourdissant les complots les plus sombres. De plus, j’ai de plus en plus de mal à me sentir concerné par les avatars de ce que vous appelez le camp national. C’est peut-être parce que je me sens de moins en moins national. Voire plus du tout…Quant à l’avenir du FN, je m’en balance.
Même si vous ne vous sentez pas concerné par l’avenir du camp national, vous avez très certainement un avis sur les raisons qui ont provoqué son soudain effondrement électoral…
Si vous voulez connaître les raisons de cet effondrement comparez donc le PCF au FN…
Le PCF a mis 30 ans pour passer du rang de premier parti de la gauche à celui de groupuscule d’extrême gauche, pour passer de 20 à 2%. Le FN lui a fait bien plus fort puisqu’il ne lui a fallu que deux dimanches électoraux pour retourner à l’état de groupuscule. Pourquoi une telle différence ?
Le PCF aurait pu s’effondrer aussi rapidement que le Mur de Berlin, mais son déclin, lié à l’archaïsme de sa doctrine et à l’échec du modèle soviétique, a été considérablement freiné par son enracinement dans la société française. Ce sont ses relais dans les milieux éducatifs, culturels, médiatiques et syndicaux, ainsi que la qualité et la densité de son réseau d’élus locaux, qui ont permis au parti communiste, même en phase de déclin irréversible, de conserver une influence sans commune mesure avec son poids électoral.
Tel n’est pas le cas bien entendu du FN qui n’a jamais disposé – ni voulu disposer – de tels relais ni d’une telle implantation, comptant uniquement sur le charisme de son fondateur et président à vie, et il faut bien le dire aussi, sur les coups de pouce réguliers d’une gauche qui avait trouvé là un moyen imparable de faire perdre la droite.

Mais l’électorat FN n’a quand même pas disparu du jour au lendemain, et des circonstances plus favorables pourraient bientôt le faire réapparaître…

Je vous trouve très optimiste. Pendant des années politologues, sociologues et politiques se sont perdus en conjecture pour tenter de cerner le profil et les motivations de cet électorat. Les uns soulignant le caractère protestataire du vote Le Pen, les autres essayant de démontrer que ce vote se transformait progressivement en vote d’adhésion. Je crois que le résultat des dernières élections est venu apporter un éclairage particulièrement saisissant sur la nature et le comportement des électeurs nationaux.
Il a suffit à Sarkozy de prononcer quelques mots habilement choisis et ensuite médiatisés, comme kärcher ou racaille, pour déshabiller le FN et convaincre son électorat que lui ferait demain ce que Le Pen n’avait jamais été, et ne serait jamais en mesure, de faire.
Deux petits mots, et oubliés la discrimination positive, l’institutionnalisation de l’islam, les émeutes des banlieues et l’échec à obtenir des résultats concrets dans la lutte contre l’insécurité !
Le résultat c’est un FN à 4%, redevenu ce qu’il était avant 1984 : un groupuscule.
Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire politique française contemporaine d’un parti ayant subi un tel effondrement. Cette brusque évaporation de l’électorat lepéniste me semble être l’expression de son caractère essentiellement protestataire et de son absence de conscience politique.

Vous n’êtes pas tendre avec la droite nationale…

Je ne suis pas tendre avec elle parce que je la connais.
Nous sommes arrivés à la fin d’un cycle de 25 ans pendant lequel l’extrême droite a pu donner l’illusion de son existence et masquer ses insuffisances grâce au talent de tribun d’un Le Pen, et à des circonstances favorables au premier rang desquelles il y a l’intérêt qu’ont pu trouver alternativement droite et gauche, médias et lobbys, à maintenir artificiellement gonflée la baudruche lepéniste. Et maintenant que le Roi est nu, c’est un champ de ruines qui apparaît autour de lui.
Dès lors deux possibilités s’offrent à nous.
Essayer de relever ce champ de ruines à l’identique en espérant trouver la clé d’un nouveau et hypothétique compromis national « rassemblant dans le respect absolu de leurs différences toutes les forces défendant avec acharnement notre identité » et blablabla et blablabla…C’est-à-dire faire un FN-bis, en forme d’auberge espagnole, qui ne tarderait pas à se transformer en ring de boxe quand on connaît la souplesse et le sens politique de certains de nos amis…Entreprise hasardeuse, et oublieuse de ce qu’il manquerait à ce fourre-tout la personnalité capable, justement, de réaliser sur son nom la synthèse, mais aussi du fait que le système n’a plus besoin d’un tel épouvantail.
Ou bien alors abandonner cette extrême droite là à son champ de ruine, et entreprendre notre longue marche vers le renouvellement de nos méthodes, de notre discours, de notre image, de notre façon de faire de la politique et d’appréhender notre relation avec le monde qui nous entoure.

C’est-à-dire ?…

Renouveler nos méthodes c’est abandonner la logique pesante du parti national monolithique s’incarnant au travers une personnalité programmée pour concourir à l’élection présidentielle, pour la remplacer par une logique souple de réseau décentralisé, protéiforme et réactif qui sera fort de la multitude d’actions que tout ou partie de ses membres pourra mener au gré des circonstances et des opportunités avec pour seul souci l’efficacité.
C’est également envisager la prise du pouvoir, non plus au niveau national, ce qui est irréaliste, mais au niveau local, par la conquête progressive et organisée de points d’appuis municipaux, culturels et associatifs. Ce n’est pas un tsunami électoral qui demain mettra à mal le système, mais le grignotage progressif de ses fondements.
Renouveler notre discours c’est considérer qu’aucun thème ne nous est étranger, et que sur tous les sujets qui préoccupent nos concitoyens nous devons avoir une réponse à apporter. Pendant trop longtemps la facilité et la recherche du profit électoral immédiat ont conduit nos milieux à ne décliner – et encore pas toujours intelligemment – que le seul tryptique Immigration=Insécurité=Chômage. La suite vous la connaissez…Il a suffit qu’un politicien plus madré que les autres s’empare sans complexe des thématique identitaire et sécuritaire – ne serait-ce qu’en paroles – pour rendre atones les champions de la France et des Français d’Abord !
Renouveler notre image c’est nous montrer tels que nous sommes, c’est-à-dire pas comme les derniers d’hier, mais comme les premiers de demain. C’est sortir du bunker dans lequel nous nous sommes nous-mêmes enfermés, et autour duquel le système n’a plus eu qu’à tendre son cordon sanitaire.

Concrètement, que proposez-vous à ceux de nos lecteurs qui seraient tentés par une telle aventure qui marquerait une rupture avec l’extrême droite traditionnelle?

Je leur propose de soutenir ma candidature à l’élection présidentielle de 2012…Je rigole ! C’est tout ce qu’il ne faut plus faire !
Concrètement, je propose et j’invite vos lecteurs à participer à la Convention Identitaire qui aura lieu les 10 et 11 novembre 2007 en Bourgogne, à l’initiative principalement du Bloc Identitaire et du mouvement régionaliste Alsace d’Abord.
Cette Convention sera l’occasion de jeter les bases de ce réseau décentralisé, protéiforme et réactif dont je parlais tout à l’heure, et qui prendra la forme d’une Fédération Identitaire, de prendre acte que les lignes bougent, et de lancer un signal à toutes celles et ceux qui ne veulent plus perdre leur temps à reproduire les erreurs du passé.
Localisme, Identité, Régionalisme, Europe…Le temps de faire de la politique est enfin venu !


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